
Première nécessité
Sur un écran, Mécanisme stellaire fait bouger en direct sept étoiles dorées, reliées par un ruban noir, à l'intérieur d'un grand anneau. Ce sont les étoiles qui surplombent, à cet instant, une artiste choisie. Un téléphone qu'elle garde sur elle transmet sa position, à une dizaine de kilomètres près, et une page web recalcule sans cesse le ciel au-dessus d'elle. Quand Vidya-Kélie est à l'île Maurice, ce sont les étoiles de l'hémisphère sud. Quand elle est à Paris, celles du nord. Entre les deux, elle voyage, et l'œuvre voyage avec elle.
Pendant toute la durée de l'exposition, le public regarde le ciel de quelqu'un qui n'est pas là, et qui pourtant est quelque part, sous ces étoiles précises.
Ce geste déplace le centre du monde. En 1884, Greenwich devient le méridien d'origine, à l'apogée de l'Empire britannique. Aujourd'hui, ce sont des satellites et des algorithmes qui nous disent où nous sommes. Ici, le repère est une artiste. En 2009, en soutien à la grève générale en Guadeloupe, Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau et sept autres auteurs publiaient le Manifeste pour les « produits » de haute nécessité. Au-delà des produits de première nécessité, ils y défendaient ce qui donne du sens à une vie : la culture, la création, la dignité. Première nécessité reprend leurs mots et les déplace : l'art et le ciel rejoignent ce dont on ne peut pas se passer. Une ville sans art et sans culture continue de fonctionner, mais elle cesse de vivre.